La communiante
Tamara de Lempicka (1898-1980)
1903-1904
L’œuvre n’est pas très grande. Verticale, elle représente une toute jeune fille, grandeur nature, dans sa tenue de communiante.
Au premier plan, à gauche, un missel est ouvert, posé sur un prie Dieu. Derrière, occupant presque toute la surface du tableau dans un cadrage très serré, la communiante a les mains jointes devant la poitrine. A sa ceinture est accrochée une aumônière blanche ornée de quelques perles argentées. Le visage, comme extatique, est tourné vers la droite. Sous un long voile blanc que soulève une colombe immaculée dans le coin supérieur gauche, on devine un bonnet noué sous le menton avec un ruban.
Tamara de Lempicka, née en Pologne et formée à l’académie de Saint-Pétersbourg, arrive jeune mariée à Paris où elle devient l’élève de Maurice Denis et d’André Lhote. Elle fait bâtir par Robert Mallet Stevens un atelier moderniste où elle affirme son statut d’icône art déco et de mondaine moderniste.
La communiante est l’un des nombreux portraits qu’elle fit de sa fille Kizette et fut souvent présentée par l’artiste dans des expositions en France et à l’étranger. C’est le premier sujet ouvertement religieux de l’artiste. Le motif de la blanche colombe apparaît ici pour la première fois également et devient ensuite, dans l’œuvre tardif de Lempicka un élément récurrent. La schématisation des formes à la fois pleines et géométriques est très représentative du cubisme décoratif qui a fait le grand succès de l’artiste pendant toutes les années 1920. La sacralité du sujet est fortement tempérée par la sensualité troublante du modèle qu’accompagne paradoxalement une gamme colorée très froide. Les volumes sont construits par l’architecture sévère et raide du vêtement dans lequel sont enchâssés le visage et les mains qui s’imposent dans cette mer textile maniériste comme les éléments essentiels du tableau.
La modernité du sujet et de la mise en page n’est pas sans évoquer les modèles de la publicité de l’époque et concourt à une impression figée d’image découpée et de collage. Le motif de la colombe, poncif du vocabulaire décoratif de l’art déco, s’impose comme un détail plus esthétique qu’allégorique. Mais l’ambiance religieuse, aussi étrangement sensuelle et provocatrice soit-elle, annonce un revirement spectaculaire dans l’inspiration de l’artiste qui s’engage à partir de 1934 dans une nouvelle voie beaucoup plus grave et mystique qui l’éloignera progressivement du succès jusqu’à une tardive redécouverte au milieu des années 1970.