Chasse au Nègre
Charles-Marie-Félix MARTIN (1844 - 1916)
1889
Groupe en marbre
Dépôt du F.N.A.C en 1999.
Ce groupe montre un homme noir, allongé et saisi à la gorge par un énorme chien dont il tente de se dégager.
Félix Martin est un artiste singulier. Sourd et muet de naissance, il manifeste plusieurs fois dans sa carrière son intérêt pour des sujets évoquant son handicap. A l’Ecole des Beaux-Arts de Paris, sa formation avait été sanctionnée par le concours de la tête d’expression qu’il avait remporté en 1865 et par un second Grand Prix de Rome en 1869.
Chasse au Nègre est l’une de ses œuvres essentielles. C’est également un témoignage rare et fondamental de l’histoire de l’abolitionnisme. Il est clair que pour lui l’esclave est un homme considéré comme un animal et que le marron, c'est-à-dire l’esclave fugitif, est pensé comme un gibier par ses propriétaires et plus largement par le système esclavagiste.
Le pathos consiste à émouvoir le spectateur, en insistant sur les traces de lutte, la contorsion du corps ou l’effroi qui se lit sur le visage de l’esclave.
La vulnérabilité de l’homme, nu et désarmé, est magnifiquement rendue par ces détails des griffes qui se plantent dans la chair.
Acquise par l’Etat et envoyée au musée d’Evreux, elle semble sombrer dans l’oubli. Mais à la demande du président de l’Institut Colonial Français, l’inscription a été enlevée et détruite. Au bénéfice de « la conscience nationale et de la doctrine coloniale », l’œuvre engagée de Félix Martin est totalement dénaturée !
e succès international de ce roman permit de diffuser les théories abolitionnistes et de réveiller les réactions à l’esclavagisme sur le vieux continent qui avait aboli l’esclavage en 1834 en Angleterre et en 1849 en France. La sculpture de Martin évoque bien évidemment l’un des passages célèbres du récit – l’esclave Scipion rejoint par ses poursuivants.