Rédemption
Julius L. Stewart (1855-1919)
Tableau de grande taille où les personnages sont presque grandeur nature. Le format est faiblement horizontal. La scène est vraisemblablement une nocturne dans un intérieur aux murs ornés de boiseries. Dans la salle du premier plan, la table est mise, éclairée de petites lampes aux abats jours jaunes lisérés de bleu-vert. Le repas semble fini. La nappe est blanche, tombant presque jusqu’au sol recouvert d’un tapis. Devant une foisonnante décoration florale, s’alignent assiettes, verres vides ou encore avec une boisson couleur d’ambre, et carafes. Dans la moitié gauche de la scène, une jeune femme nous fait face. Elle est vêtue d’une longue robe blanche ornée de dentelle et de perles. Sa traîne revient en avant sur le côté gauche. Les avants bras sortent de manches très ouvertes à partir des coudes. De la main droite elle tient un iris mauve. Sa main gauche, à quatre doigts griffus, repose sur la table. Au-dessus d’un profond décolleté, la jeune femme porte un collier de chien blanc fermé par deux perles et d’où part un pendentif. Elle arbore un chignon spectaculairement décoré de grosses fleurs. Son regard bleu semble stupéfait et fixe devant elle une vision qui paraît la pétrifier. Nous voyons cette apparition d’un Christ en croix, en reflet dans un miroir qu’est juste derrière la jeune femme. Un jour discret passe à gauche entre les lourds rideaux de velours et éclaire une chaise dorée. La moitié droite de la scène est consacrée à une scène qui pourrait se situer dans une maison close. Des jeunes femmes s’amusent ou discutent avec des hommes d’âge mur. L’une allume une cigarette. Au premier plan, dans le long voile noir d’une femme nue de dos, un semis de petites fleurs blanches.
Dans la partie droite, où s’enlacent les couples et les courbes, l’ambiance chaude et lumineuse est celle du pêché et de la perdition avec notamment la scandaleuse fumeuse de profil. Au premier plan, le voile noir semé de colchiques empoisonnés, est évidemment l’image de la mort qui va envelopper et ensevelir ce monde de la débauche. La lumière et la gamme froides consacrées à la partie gauche signent un autre univers, qui est celui de la rédemption comme l’indique le titre même du tableau. La moderne Marie-Madeleine arbore la robe blanche du sacrifice et de la virginité regagnée. L’iris qui se fane à ses pieds marque l’abandon de la volupté mais la main griffue est le signe d’une ultime tentation diabolique qui l’attacherait encore au monde perdu de la galanterie. Qui sait, finalement, si, par la grâce divine, la jeune femme troquera demain sa riche tenue mondaine pour l’austère bure monacale et sa vie de débauche pour le sacerdoce d’une existence de prière et de repentir ?