L'ancêtre
Louis Charles SPRIET (Roubaix 1864 - Paris 1913)
1907
La toile est de grand format. Le paysage horizontal n’affiche aucun accident de terrain. Il se résume à deux bandes. L’une, plus étroite que l’autre, en bas de la composition, représente le sol dans des teintes chaudes d’automne. Le ciel, très mouvementé, occupe les deux tiers hauts de la composition. Dans ce panorama austère, quatre moulins à vent aux ailes immobiles sont répartis dans l’espace. Le plus à droite paraît abrité par un mince rideau d’arbres. Celui au premier plan s’impose avec évidence.
Louis Charles Spriet est né dans une famille ouvrière à Roubaix où il fut, dans sa ville l’élève de Mils avant d’achever sa formation à Paris. Ses premières œuvres traitaient souvent de sujets tirés de l’histoire de la Révolution française (ici par exemple, la mort de Challier) il fut également portraitiste mais connut un succès d’estime avec son œuvre de paysagiste, prolongeant tard dans le XIXème siècle le naturalisme puissant des peintres de Barbizon. Il meurt encore jeune et fait l’objet d’un certain culte républicain dans sa ville natale qui lui offre un monument au parc de Barbieux et le nom d’une place dans le quartier du Nouveau Roubaix.
L’Ancêtre est en quelque sorte le testament artistique du peintre qui s’est plusieurs fois intéressé au motif des moulins à vent, typiques des paysages flamands qu’affectionne Spriet.
Dans ce grand tableau, le peintre dépasse à l’évidence le strict report du paysagiste avec une perception brute et puissante de la nature dans laquelle la figure du moulin, anthropomorphisée, confirme un romantisme trahissant à l’évidence les états d’âme de l’artiste. Tout concourt à une impression d’oppressante mélancolie traduite dans les tonalités terreuses de la Flandre. Les effets de matière, l’importance de la peinture qui seule donne à lire le sujet, annoncent avec une remarquable prophétie l’expressionnisme flamand du XXème siècle jusqu’aux paysages d’Eugène Leroy.