Combat de coqs en Flandre
Rémy Cogghe (1854 - 1935)
1889
Rémy Cogghe – Combat de coqs en Flandre
La composition est verticale et le tableau assez grand pour donner l’impression que les personnages sont grandeur nature. Les teintes générales sont assez sombres, la scène se passe dans un intérieur. Au premier plan, sur un plancher jonché de plumes et de taches de sang, deux coqs s’affrontent dans un combat violent. A leurs pattes, on remarque des ergots métalliques qui ajoutent à la gravité des coups. Derrière une rambarde qui encercle le combat des animaux se tient une foule de spectateurs, tous des hommes. Certains sont visiblement des grands bourgeois, qui portent des chapeaux haut-de-forme ou melons. Au premier plan, un homme assez âgé, en chemise blanche et gilet jaune, tient un sac de toile qu’il a posé sur la rambarde du gallodrome. Quelques costumes et casquettes sont ceux d’ouvriers qui suivent le combat avec attention. Une mezzanine crée une tribune pour un second niveau de spectateurs et des bras de parieurs font le lien entre ces deux espaces.
Remy Cogghe est assurément la figure la plus populaire à Roubaix de la peinture à la fin du XIXème et au début du XXème siècles. Né à Mouscron, en Belgique, dans une famille modeste qui vient s’installer à Roubaix lorsqu’il n’est encore qu’un enfant, il témoigne très tôt de dons pour le dessin et suit les cours de l’Ecole des Beaux-Arts de Roubaix puis l’enseignement de Cabanel à Paris. Sa nationalité belge l’empêche de prétendre au Prix de Rome français mais il obtient la distinction équivalente à Anvers en 1880 et effectue un long voyage autour de la Méditerranée et un séjour dans la ville éternelle. Certains tableaux, dans cette salle, comme Le Repos du Modèle, Femmes présentées à Octave comme esclave et Vendredi Saint à l’église San Carlo à Rome, datent de cette période. A son retour, Cogghe s’installe à Roubaix qu’il ne quittera plus guère et où il vivra avec sa mère. Il devient dès lors le portraitiste le plus recherché de la ville. Le Portrait de ma mère, d’un réalisme saisissant témoigne ici de sa capacité à reproduire les traits de ses modèles. Il connaît surtout la célébrité en s’affirmant comme l’iconographe d’une ville qui conserve encore, en pleine industrialisation, des coutumes rurales de la Flandre environnante. Il est le peintre des scènes d’estaminet – ici Le bain de pieds inattendu -, des jeux traditionnels – Les jeux de bourles – et des combats de coqs comme ce tableau qui fut son plus important succès. Il est également l’auteur truculent de scènes de genre piquantes aux cadres et aux protagonistes bien connus dans le Roubaix de la belle époque, comme les fouilles en douane ou les anecdotes bourgeoises, ainsi le vaudevillesque Madame reçoit.